Cambodge – Phnom Penh – Lieux d’histoire sur le génocide

Avant de quitter le Cambodge, nous avons souhaité en apprendre plus sur la dure histoire de ce pays. Bombardé par l’armée américaine qui faisait la guerre au Vietnam durant les années 70, les habitants se sont réfugiés dans les villes. La célèbre date du 17 avril 1975 marque l’entrée des Khmers rouges dans la capitale, où ils sont accueillis comme des libérateurs…pourtant le pire reste à venir. Sous prétexte de bombardement imminents de la part des armées américaines, la capitale est évacuée en trois jours. Tout le monde doit partir : malades, femmes enceintes…les hôpitaux sont évacués et ceux qui ne veulent pas quitter leur domicile sont exécutés sur le champ. Des milliers de personnes périssent durant cette exode forcée. L’ensemble des villes du Cambodge subira le même sort, le but de Pol Pot (dirigeant des Khmers rouges) étant que l’ensemble de la population rejoigne les campagnes et travaille dans les rizières. Il décide ainsi d’exterminer ce qu’il appelle peuple nouveau (médecins, professeurs, artistes, ingénieurs, toutes personnes sachant parler plusieurs langues, qui savent lire ou écrire… porter des lunettes ou avoir les mains soignés suffit à ce faire arrêter), l’objectif étant de conserver le peuple de base (les Cambodgiens travaillant dans les campagnes, les paysans). Pourtant, l’ensemble des deux groupes qu’il dicte va vivre un enfer. Les habitants des villes rejoignent les villages et, tout comme les paysans, deviennent esclaves du régime qui demande une production de riz impossible et qui ne distribue que de faible ration.
Les khmers rouges vivent dans la paranoïa et des milliers de personnes sont arrêtées chaque jour et torturées à travers plus de 300 centres dans le pays. Ils sont accusés d’être des espions pour la CIA ou le KGB, de connaître des personnes de leur famille ou de leur entourage luttant contre le régime…
Le slogant du régime est alors « Il vaut mieux tuer un innocent que de laisser vivre un ennemi. »
Le centre le plus célèbre, nommé Tuong sleng ou S-21 se situe à Phnom Penh, nous l’avons visité.
L’atmosphère y est lourde d’histoire et de souffrance. Entre 12 000 et 20 000 personnes furent torturées ici, forcées sous la torture à rédiger des aveux. La torture pouvait être réalisée jusqu’à 3 fois par jour. Les cellules ou pièces où étaient entassés les prisonniers témoignent encore des conditions abominables… durant cette visite des milliers de visages affichés sur les murs vous regardent. Il s’agit des personnes torturés ici, homme, femme, vieillard, enfant…
Nous découvrons les salles de tortures, le sommier et les fers inchangés par le temps, nous voyons aussi les instruments utilisés et la manière dont ils les utilisaient. La visite est difficile tant le lieu est pesant et chargée d’horreur.
Le directeur de cette prison était d’une organisation extrême et chaque personne possèdait un dossier complet (photo, biographie, aveux). Dans les salles de tortures, les photos des cadavres sont affichés au mur. Les tortionnaires prenant une photo de leur travail afin de prouver que le prisonnier était bien mort.
Seul 12 survivants ont été retrouvés. L’amoncellement de victimes étant trop important, il n’y avait plus de place pour enterrer les cadavres dans l’enceinte des bâtiments. Les prisonniers ayant signés leurs aveux étaient conduit au Killing field, situé à 15 kilomètres de Phnom Penh afin d’être exécuté. Nous avons rejoint lieu le lendemain de la visite de S-21.
Nous avons ainsi appris que les personnes exécutées arrivaient en camion de nuit, attachées et les yeux bandés. Ils pensaient être transférés dans un autre centre… mais la mort les attendait. Au plus fort de la paranoïa du régime, 300 personnes étaient exécutées chaque jour dans ce lieu.
Les prisonniers étaient forcés à s’agenouiller au bord de la fosse, les tortionnaires les abattaient alors avec tous les outils possibles mais d’utiliser pas d’arme à feu car cela coûtait cher et faisait du bruit. Le site était entouré d’un mur de 2.5 mètres et une musique de chant révolutionnaire était diffusé afin de couvrir les cris des prisonniers. Pour cacher les odeurs des fosses, les cadavres étaient recouvert de pesticide. Ce site compte environ 130 fosses, toutes n’ont pas été réouvertes. Il existe une fosse dédiée aux bébés, les explications ont été très difficile à entendre car un arbre, juste à côté de la fosse, était utilisé pour tuer les bébés. Les squelettes et habits ont été regroupés dans un stupa, un grand monument en l’hommage de toutes les victimes. Cependant, on continue de voir remonter les vêtements et les os sur le lieu, à cause de l’érosion. Le stupa contient les crânes et les os longs organisés en 17 étages. Une partie des crânes a été analysé afin de déterminer les armes utilisés pour donner la mort. Cet endroit est une place chargée d’émotion et il est impossible de rester insensible face à toutes ses horreurs.
Nous avons été très émues par l’histoire de ce pays, par ce qu’il a traversé. La terreur instaurée par le régime prend fin en 1979 grâce à l’armée vietnamienne. Cependant les dirigeants khmers rouges ne seront jugés qu’en 2007, Pol pot ayant pu profiter de ses petits enfants, est mort dans sa maison. Au final, 1 cambodgien sur 4 est mort à cause des Khmers rouges, ces crimes sont récents (seulement 38 ans) et cela se ressent encore. Le pays a été vidé d’intellectuel, les enfants n’ont pas pu aller à l’école, le traumatisme est difficile à surmonter…
Le pays se reconstruit petit à petit, mais beaucoup de mines sont encore présentent dans tous le pays. Dans la rue, on aperçoit beaucoup de mutilés de guerre dû aux explosions et la pauvreté est encore extrême. Il était important pour nous de vous parler de ce que nous avons appris sur cette partie de l’histoire. Il ne faut pas l’oublier, et nous pensons qu’il faut encore être vigilant car des génocides se produisent actuellement dans le monde et aucun pays n’est à l’abri de la guerre et d »idées extrêmes qui sont dangereuses pour notre humanité.

« Les extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin, et la passion de l’extrémisme, en art comme en politique, est désir déguisé de mort. »

Milan Kundera, L’Insoutenable légèreté de l’être

Merci de continuer à nous suivre, nous sommes depuis ce matin de retour en France, merci encore de tout votre soutien,

Coline et Flore